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| Accueil | Sommaire | Introduction | Les lois et l’environnement | La valorisation de l’eau de pluie | L’épuration des eaux usées domestiques | Toilettes sèches | |
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Nous avons choisi ce livret, car il résume remarquablement bien non seulement la position officielle [1] , mais également l’approche d’un mouvement environnementaliste. A la lecture on découvre que le WWF s’aligne fidèlement sur la politique officielle de l’eau.
Pour une meilleure compréhension de ce chapitre, le lecteur aura avantage à prendre auparavant connaissance des idées directrices exposées dans les pages de ce site.
Nous limiterons notre analyse au chapitre consacré aux mesures concrètes pour les particuliers (page 22-23), puisque c’est l’objet de ce site.
Analysons les mesures que l’on recommande aux communes concernant la réduction de la pollution à la source.
Le livret ajoute aussitôt: «conformément aux PCGE [2] ou au règlement général d’assainissement des eaux urbaines résiduaires quand il sera d’application».
Il faut savoir que les PCGE imposent le placement des égouts à au moins 90 % des habitations, alors que l’écobilan de la collecte et de l’épuration est catastrophique [3] . Dans l’intérêt de l’environnement (et aussi celui du contribuable) l’épuration collective devrait être réservée aux centres urbains traditionnels où, sans une révision complète de la politique de l’eau, on reste tributaire de cette technique qui reste cependant une nuisance environnementale majeure. En Région wallonne, les centres urbains à habitat vertical ne représentent que tout au plus 25 à 30 % des habitations.
Les zones à épuration individuelle ne concernent actuellement que 5 à 10% des habitations wallonnes. Si l’objectif était la protection de l’environnement, il faudrait revoir sérieusement à la baisse (bien plus que le Gouvernement wallon ne l’a fait en 2001) les zones à épuration collective.
L’égouttage séparatif est justifié pour éviter la dilution des eaux usées par les eaux pluviales et de ruissellement. C’est vrai que l’efficacité de l’épuration (performances épuratoires) diminue avec la dilution des eaux, mais la suppression de la dilution n’améliore pas nécessairement la qualité des eaux épurées rejetées [4] . L’égouttage séparatif est une véritable «tarte à la crème» des techniciens en génie sanitaire. Même si son efficacité est tout à fait contestable, il permet de doubler le chiffre d’affaire des entreprises d’égouttage.
La mise en place des égouts séparatifs ne peut pas être justifiée par un souci de protection de l’environnement, mais uniquement par un raisonnement juridique. En fait, la loi impose aux épurateurs des performances épuratoires (c’est le rapport entre la charge polluante qui sort et qui entre dans l’installation) relativement élevées avec des normes de rejet laxistes. Pour satisfaire à la loi, les épurateurs ont intérêt à avoir des eaux très polluées à l’entrée pour pouvoir obtenir les performances épuratoires imposées. Cependant, quelle que soit la technique utilisée, une eau plus chargée à l’entrée implique une eau de moindre qualité à la sortie.
Pour être vraiment efficace, en zone périurbaine, il faudrait interdire le rejet des eaux usées domestiques dans l’égout. Celui-ci ne devrait collecter que les eaux de la voirie. Le contenu de ce site montre bien que dans ces zones on peut traiter les eaux usées domestiques dans les petits jardins. En cas d’utilisation d’une bonne toilette sèche, la pollution qui en résulte est nulle. Même si l’on maintient le W-C et qu'on épure les eaux vannes sur place d’une manière sélective, les impacts environnementaux seront bien moindres que ceux des stations d’épuration. Quant aux eaux pluviales provenant des toits, leur place est dans les citernes [5] . Dès lors, il ne faut plus dédoubler les égouts et les eaux de la voirie ne demanderaient qu’une épuration primaire (dégrillage, déshuilage) vraiment peu onéreuse. Après un bassin de retenue (du genre bassin d’orage), ces eaux ne présenteraient guère plus de nuisances que le rejet d’eau de distribution.
Ce n’est pas de cette manière qu’on sortira de la logique du «tout-à-la-poubelle» et surtout de son pendant logique du «tout-à-l’égout». On entend par système séparatif la séparation des eaux usées et des eaux pluviales. Au niveau des bâtiments, c’est la mesure inefficace par excellence.
Comme nous l’avons déjà signalé, les eaux pluviales du toit ont leur place dans la citerne et non pas dans un égout, même séparatif. Canaliser ces eaux:
- constitue le gâchis d’une ressource incontournable;
- perturbe le régime hydrique des rivières;
- prive les nappes phréatiques d’un apport indispensable;
Les bâtiments communaux (dans les zones à épuration individuelle dont il est question ici) devraient être équipés de citernes à eau de pluie. S’il y a séparation, c’est au niveau des eaux grises et des eaux vannes qu’il faudrait l’effectuer. Les eaux grises produites par ces administrations pourraient être infiltrées sans traitement dans le sol à l’aide d’un système de dispersion ou de puits perdant. Quant aux eaux vannes, il faudrait s’efforcer à utiliser des W-C à volume d’eau réduit et envoyer les effluents dans des fosses à vidanger. Ces eaux vannes pourraient servir à imprégner par exemple le broyat des branches d’élagage des espaces verts publics. C’est la voie royale pour produire un compost de qualité. Par ailleurs, ce système de compostage collectif absorberait aussi la partie fermentescible des ordures ménagères (45% de la masse des ordures ménagères), les déchets verts et même les cartons d’emballage déchiquetés, ainsi que les papiers souillés. C’est la gestion conjointe cohérente de la biomasse et de l’eau.
De tout cela, il n’est évidemment pas question dans le livret du WWF.
En lisant le document on a l’impression que la séparation des eaux pluviales et des eaux usées est devenue une idée fixe et récurrente.
Tout cela n’a plus de sens dès qu’on généralise la valorisation de l’eau de pluie. A partir d’une citerne bien dimensionnée dont l’eau est utilisée pour le ménage, l’expérience de dizaines de milliers de familles montre que le trop-plein ne fonctionne pratiquement jamais.
Relevons au passage que le compost mûr est appelé «tourbe» ce qui trahit le niveau d’ignorance du rédacteur de ce texte en matière de gestion de biomasse.
On ne peut que se réjouir de la volonté d’encourager le compostage au jardin. Le problème est que le «compostage» dans un bac est une technique incorrecte. La transformation aérobie des déchets pour faire de l’humus se fait en symbiose avec la faune qui vit naturellement dans le sol. Le compostage hors sol est aussi peu souhaitable pour l’environnement que l’élevage ou la production végétale hors sol: l’azote y est transformé en nitrates à des degrés divers et l’humus ne se forme pas ou très peu.
Le compostage est un art facile à maîtriser, mais il faut un minimum de connaissances que de toute évidence, de nombreux ingénieurs agricoles diplômés n’ont pas encore. Pour les règles élémentaires du compostage, lire la page compostage des déjections.
C’est un premier pas dans le bon sens, mais il serait infiniment plus efficace d’organiser, surtout dans les communes urbanisées, le ramassage sélectif des déchets verts avec la partie fermentescible des ordures ménagères. Dès que ce type de ramassage est organisé, il n’y a qu’un tout petit pas pour arriver à ramasser les effluents des toilettes sèches, comme cela se fait déjà dans certaines villes de Norvège.
On ne peut être que choqué par l’amoncellement des sacs poubelles remplis de tonte d’herbe. Cette biomasse fait aussi partie de l’écosystème qui nous fait vivre. Apporter ses déchets verts au «bac à compost [6] » central suppose une certaine motivation que la majorité du public n’a pas encore.
S’il y a sensibilisation à faire, c’est dans le sens de ne pas les utiliser. Une taxe dissuasive pour l’achat de ces produits serait encore mieux. La production agricole dans les jardins ne constitue pas un gagne-pain. On peut encore comprendre – sans l’admettre – l’usage des engrais par un agriculteur ou un maraîcher qui vit de sa production, mais pas de la part de celui qui cultive son jardin.
Dès qu’on utilise du compost bien fait dans son jardin, l’expérience montre que les besoins en produits phytosanitaires se réduisent. Ces «plans intégrés» ne servent à rien s’il n’y a pas une pénalité fiscale pour la pollution générée. Soit on applique rigoureusement le principe du pollueur-payeur, soit on utilise des «plans intégrés» qui ne sont que des ficelles pour réaliser des réductions de bouts de chandelles.
C’est vrai, ce site en décrit quelques-unes, mais le livret du WWF reste désespérément muet sur ce chapitre. Notamment, il n’y est nulle part question de la promotion de la valorisation de l’eau de pluie ni celle des toilettes sèches. Ces deux mesures (eau de pluie + toilette sèche) feraient en fait plus pour la sauvegarde de l’eau que toutes les recommandations réunies du livret du WWF.
En matière de politique de l’eau, on ne peut parler de «prévention de la pollution» sans mentionner en premier lieu l’usage d’une toilette sèche correcte.
Cette phrase contient toute l’incohérence de la politique européenne de l’eau. En effet, l’article premier de la directive 271/91 [7] , fixe comme but la protection de l'environnement, tandis que l'article 3 fixe le calendrier de l'épuration. En lisant les pages sur l’épuration et l’environnement, on comprend pourquoi épuration n’est pas synonyme de protection de l’environnement, tout au contraire… Normalement, il appartiendrait à un organisme de défense de l’environnement, comme le WWF, de dénoncer avec force cette incohérence. A ma connaissance, seuls les Amis de la Terre Belgique [8] ont une position proche des idées défendues dans ce site. Contrairement au WWF, les Amis de la Terre ne bénéficient pas de l’appui du Conseil de l’Europe ou d’autres organismes officiels.
En matière d’inondations, on lit dans le livret (page 30):
Une approche réellement intégrée exclut l’égouttage dans les zones rurales et même périurbaines. En effet, la quantité d’eau usée (prélevée par ailleurs dans nos ressources souterraines) rejetée via la station d’épuration dans la rivière par une agglomération équivaut à un petit cours d’eau dont le débit s’ajoute à celui de la rivière en crue.
L’incohérence de taxer l’eau et de ce fait, ne pas pouvoir encourager la valorisation de l’eau de pluie a une autre conséquence: drainer les eaux des toits vers les rivières. Par la même occasion, cette eau, surtout si elle est rejetée en égout, est perdue pour l’alimentation des nappes phréatiques.
Le système du tout-à-l’égout aggrave le déficit, déjà présent, de l’alimentation des nappes phréatiques. Le taux d’exploitation de ces nappes en Région wallonne – pourtant réputée d’être riche en ressources hydriques – est de 85% [9] . Ce qui signifie que 85% de l’eau qui s’infiltre dans nos réserves souterraines est prélevée et distribuée. La marge de sécurité est donc assez mince. Compte tenu d’un des effets prévisibles des changements climatiques, à savoir, une alimentation naturelle moindre des nappes, on peut prévoir à moyen terme une pénurie d’eau. Chaque litre d’eau évacuée par les égouts aggravera la pénurie. Même si l’épuration collective ne constituait une nuisance environnementale majeure [10] , rien qu’en raison de la perturbation du régime hydrique des terroirs, l’épuration collective devrait être considérée comme une technique incompatible avec le concept du développement durable. C’est l’idée-force qu’un organisme de défense de l’environnement, comme le WWF, devrait défendre avec énergie. Nous sommes loin du compte…
L’aménagement des bassin d’orage – recommandé dans le livret du WWF – est un emplâtre sur une jambe de bois.
S’il y a une mesure efficace contre les dégâts provoqués par les inondations, c’est la modification du plan secteur dans le sens de ne plus affecter aux habitations des zones potentiellement inondables.
A propos de la pollution et l’épuration, on lit à la page 31 du document :
Rien ne sert de réglementer au niveau communal quand les lois régionales sont inadaptées à la situation. Ce sont les normes régionales de rejets qui ne protègent pas l’environnement. Lire à ce sujet les pages sur ces normes. A propos des systèmes individuels d’épuration, nous avons vu que même le laisser faire n’importe quoi (mis à part le rejet dans un cours d’eau) est bien plus efficace pour la protection de l’environnement que les meilleures stations d’épuration individuelles.
S’il y a un règlement à édicter au niveau communal, c’est l’interdiction formelle de rejeter les eaux usées domestiques dans une eau de surface et même dans un égout. Ce type d’élimination des eaux ne devrait être autorisée qu’en cas d’impossibilité technique de faire autrement.
A propos de la protection des nappes phréatiques, on lit dans le texte (page 31):
Il s’agit d’une mesure passablement inefficace, mais extrêmement onéreuse.
La commune ne pourrait tout de même pas exproprier les habitations situées dans les zones de captage. L’acquisition de quelques parcelles inhabitées ne changera pas la situation, à moins qu’il s’agisse de terres agricoles. Par contre, l’acquisition des terres agricoles se heurtera à d’autres lois.
La mesure efficace serait de n’autoriser que l’agriculture biologique dans les zones de captage et d'exercer une surveillance rapprochée si celles-ci se situent en zone agricole.
Quant aux habitations, elles continueront à polluer les nappes, même et surtout si l’on les met en conformité avec les lois sur l’épuration individuelle, car une petite station d’épuration, recommandée par l’administration, qui infiltre ses eaux dans le sol, pollue d’autant plus qu’elle fonctionne bien. Pour limiter les dégâts, dans ce cas précis (donc infiltration dans le sol) il faudrait couper l’électricité qui alimente ces installations. Outre la diminution de la pollution des nappes, on économisera de l’énergie électrique [11] .
L’idéal serait de n’accorder l’agrément qu’aux systèmes d’assainissement dont l’écobilan global est satisfaisant. Dans cet écobilan, en cas d’infiltration dans le sol (ce qui est souhaitable), les performances épuratoires sont tout à fait accessoires, et sans importance. Dans l’évaluation des systèmes proposés, il faudrait mettre en avant la quantité d’azote annuellement rejeté avec les eaux épurées et avec les boues. En appliquant ces critères, on interdirait la commercialisation de toutes les installations électromécaniques. Le principe de fonctionnement de ces petites stations d’épuration est incompatible avec le concept du développement durable.
Retour à la page de garde.
[1] La position officielle de la Région wallonne est analysée dans les pages suivantes.
[2] PCGE = plans généraux communaux d’égouttage.
[3] Lire à ce sujet la page épuration et environnement.
[4] J’ai eu l’occasion de voir des analyses des eaux entrant et sortant d’un certain nombre de stations d’épuration en Wallonie. Dans bien des cas, en raison de la dilution, les eaux entrant satisfont déjà aux normes de rejet. Les eaux sortant sont mieux que celles qui entrent. Il n’en est pas moins vrai que les normes qui réglementent la qualité des eaux rejetées en rivière sont plutôt laxistes et ne constituent nullement une protection efficace du milieu aquatique. Elles ont été établies en fonction des techniques d’épuration collectives disponibles. On n’a même pas envisagé la possibilité technique de ne pas rejeter les eaux dans une rivière. Pourtant, dans au moins la moitié des cas, on aurait pu éviter le rejet direct en eau de surface et obtenir un degré de protection de l’environnement bien supérieur.
[5] Cette vérité tout à fait élémentaire est loin d’être intégrée dans la politique officielle de l’eau. La fiche technique publiée à la Journée Mondiale de l’Eau en mars 2003 illustre bien ce fait.
[6] A mon avis, cette dénomination est incorrecte, car il s’agit en fait d’un conteneur à déchets verts et fermentescibles. Entre ces déchets et le compost il y a un long processus de maturation.
[7] «La présente directive a pour objet de protéger l’environnement contre une détérioration due aux rejets des eaux résiduaires précitées.» L’objectif n’est donc pas d’épurer à tout prix, mais de protéger l’environnement, ce qui – nous savons à présent – n’est pas la même chose.
[8] Amis de la Terre a.s.b.l., 1, Place de la Vingeanne B-5100 Dave – Belgique. Tél.: 0032(0)81.40.14.78, fax: 0032(0)81.40.23.54, www.amisdelaterre.be
[9] Etat de l’environnement wallon 2001. Edité par la DGRNE (Direction Générale des Ressources Naturelles et de l’Environnement)
[10] Notamment en raison de la pollution des rivières et celles des eaux souterraines par les boues, sans parler du déséquilibre créé par la destruction massive d’une biomasse qui fait partie des grands cycles naturels. Voir à ce sujet la page consacrée aux déjections aux toilettes sèches et au compostage.
[11] Sachant cela, on se demande à quoi servent ces installations, sinon faire dépenser 500-600 € par famille. Une simple tranchée garnie de végétaux (lire à la page 4) offre plus de protection pour des dépenses négligeables.